Au coeur des symboles de Pâques

Tous les textes sacrés s’accordent sur un point : les femmes sont les premiers témoins de la résurrection. Ce n’est pas rien !

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Pour les chrétiens, la vie est toujours plus forte que la mort. Même lorsque la violence s’empare du Sri Lanka, tuant plusieurs centaines de personnes et rappelant à quel point la paix peut-être fragile. La vie plus forte que la mort : c’est ce que fêtent les chrétiens à Pâques au travers de la résurrection d’un homme nommé Jésus. Une histoire improuvable, qui réunit, aujourd’hui, dans une même foi près de 2,4 milliards de croyants.

Le christianisme repose sur cette croyance. « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine », écrit l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Corinthiens. Traverser la mort pour vivre ensuite éternellement, la perspective est fascinante. On peut y adhérer sans réserve, en douter ou la refuser totalement.

Que s’est-il passé réellement au matin de Pâques ? Les quatre Évangiles ne sont pas des documents historiques au sens moderne du terme, mais ces textes fondateurs ont forgé la doctrine de l’Église. Seule certitude, les disciples de Jésus ont cru que Dieu l’avait ressuscité.

Tout commence par un tombeau vide. Comme l’expression d’un manque. Selon la tradition chrétienne, des « saintes femmes » sont les premières à le constater. Leur identité n’est pas clairement connue. Les Évangiles divergent entre eux. Seule Marie-Madeleine, appelée aussi Marie de Magdala, figure dans les quatre récits.

Les femmes premiers témoins

Tous les textes s’accordent sur un autre point : les femmes sont les premiers témoins de la résurrection. Ce n’est pas rien. Alors qu’elles sont considérées comme peu fiables dans les sociétés juive et romaine de l’époque, Jésus a choisi des femmes pour leur révéler l’essentiel.

L’Église a-t-elle pris toute la mesure de ce choix bouleversant ? Une certaine misogynie des institutions ecclésiales permet d’en douter. La tradition a progressivement minoré le rôle des femmes, pourtant immense, auprès de Jésus.

Elle a privilégié la figure de Marie, mère et vierge, tout en estompant celle de Marie-Madeleine. Le Vatican a attendu… juin 2016 pour fêter officiellement celle qui était qualifiée « d’apôtre des apôtres » dès les premiers siècles. Et le récit de sa rencontre avec Jésus ressuscité n’est pas même lu lors de la messe de Pâques…

Un fossé entre l’institution et les femmes

L’institution catholique n’a pas voulu, comme le Christ, accorder aux femmes toute la place qui devrait être la leur. En 1994, Jean Paul II leur a notamment fermé définitivement la porte de l’ordination. Même prêcher leur est interdit. « Moi, je souffre quand je vois que dans l’Église, le rôle de service de la femme dérive vers un rôle de servitude », reconnaît le pape François.

Cette attitude nourrit en grande partie la crise qui traverse l’Église catholique. Il y a cinquante ans, Humanae vitae, l’encyclique du pape Paul VI, opposé à la contraception artificielle, a creusé le fossé entre l’institution et les femmes, alors que la transmission religieuse s’opère essentiellement par les mères.

Sans compter que c’est grâce à leur engagement, le plus souvent bénévole, que nombre de services d’église fonctionnent. La série de scandales sexuels actuels souligne douloureusement les conséquences de leur absence dans la hiérarchie.

L’Église se prive des précieuses ressources de ses fidèles les plus nombreuses. Elles furent les premiers témoins de Pâques : il est grand temps de favoriser une plus forte intégration des femmes à tous les niveaux des communautés chrétiennes. Il y a urgence.