Commémoration de la journée nationale de la déportation

Dimanche 28 avril 2019
Allocution de Jacques JP MARTIN
Maire de Nogent-sur-Marne, Président du Territoire ParisEstMarne&Bois


Mesdames, Messieurs, chers amis,

Nous sommes une nouvelle fois réunis pour la journée de la déportation dans ce lieu qui a vu passer des enfants et des familles entières avant de rejoindre les camps de transit comme celui de Drancy, vers la déportation.
C’est l’émotion qui nous gagne face à un souvenir qui restera une tache indélébile dans l’histoire de notre pays.

Je tiens à souligner la présence de nombreuses personnes dont, notamment, les associations de déportés, le Cercle Communautaire de Nogent, celles et ceux qui entourent le Président de la Communauté Juive de Nogent/le Perreux/Bry, et les Nogentais.
Je salue également la présence de plusieurs élus de Nogent, de Bry et du Perreux et les personnalités telles que le Commissaire de police, la Légion étrangère, les porte-drapeaux des associations d’anciens combattants.

Je souhaite vous dire, en ce jour de recueillement et au début de cette cérémonie, ce que m’inspire cette période de notre Histoire.
Les plaques que nous avons posées sur le mur de l’ancien commissariat nous rappellent au quotidien ce que des français ont pu faire à des français. C’est la honte qui nous envahit lorsque nous lisons les noms des adultes et des enfants qui méritent notre compassion et notre tristesse mélangées à une profonde révolte. Comment, pourquoi, l’existence de jeunes enfants a-t-elle pu basculer parce qu’ils étaient juifs ?
Je vous déclarais les années passées "ni haine, ni oubli !". Je partage cet état d’esprit avec la plupart des rescapés des camps et leurs familles dont certains représentants sont parmi nous aujourd’hui.

C’est l’attitude de celles et ceux qui ont subi des souffrances inhumaines dans les lieux de déportation nazis, c’était l’attitude de Simone Veil qui vient de nous quitter. Pas de haine parce qu’elle ne saurait être constructive ni valorisante pour leurs descendants, pas d’oubli parce que ce serait une lâcheté vis-à-vis de nos disparus.
Notre mémoire, comme la flamme du souvenir qui ne doit jamais s’éteindre est un devoir au-delà de celles et ceux qui ont survécu à l’horreur des camps de la mort. Nous avons, chers amis, des obligations morales, collectives envers les générations actuelles et futures.

Toutes les questions que je me pose, que vous vous posez vis-à-vis des descendants de toutes ces innocentes victimes ne pourrons jamais avoir de réponses satisfaisantes.

Il est toujours difficile d’évoquer et d’honorer la mémoire des victimes de la Shoah, de la déportation en particulier pour les déportés de France dans les camps de concentration ou d’extermination nazis, car cette évocation touche au plus profond de nos êtres chacune et chacun d’entre nous tant individuellement que collectivement.
Une telle cérémonie nous permet de raviver la flamme du souvenir des souffrances et des tortures subies par les déportés dans les camps de concentration. Par notre présence, nous rendons hommage au courage et à l’héroïsme de celles et ceux qui en furent les victimes.

En nous souvenant aujourd’hui comme dans de nombreuses villes de France, nous apportons notre contribution au devoir de mémoire et de conviction. Il doit permettre à tout être humain, et pas simplement ceux qui sont revenus de ces camps de l’horreur ou des maquis, de prendre sa place dans l’histoire de notre société. Il faut que nos enfants sachent ce qui s’est passé, afin qu’ils comprennent et réfléchissent. La connaissance du passé est nécessaire à l’élaboration de notre avenir. Il nous faut, en permanence, rester vigilants pour déceler les idées, les propos, les faits qui sont des signes avant-coureurs de la résurgence de cette pieuvre qui se cache chez certains humains.

Qu’avons-nous fait ou oublié par négligence, de faire, pour qu’aujourd’hui l’antisémitisme se propage encore. Agressions, tags haineux, lieux de repos et de mémoire profanés, vandalismes de la bêtise et de l’idiotie dans certaines universités, insultes ignobles sur les réseaux sociaux, arbres du souvenir abattus… la liste de ces faits est déjà trop longue ! C’est bien d’une violence par les mots et par des actes répréhensibles qui caractérise toujours notre société. C’est bien au-delà des injures antisémites et à caractère racial, des menaces physiques… que prioritairement les juifs sont les plus visés.
Rappelons-nous qu’ils ne représentent que 0,7 % de la population et ils sont 50 fois plus souvent insultés, agressés que les catholiques ou les musulmans.
En 2018 les actes antisémites ont progressé de 74%.
Si nous nous attardons sur l’actualité "certains gilets jaunes" ont proféré des insultes à l’encontre de Alain Finkielkraut, philosophe, des croix gammées ont maculé les tombes d’un cimetière Alsacien, des symboles nazis ont été tagués sur un portait de Simone Veil… Dure à supporter, impossible à tolérer après l’émancipation "du temple de la Torah" par la Révolution Française. "Hélas, le contrat démocratique hérité des Lumières apparaît plus précaire que jamais" comme le déclarait le journaliste Matthieu Aron dans un article récent.

Le pire serait le silence !

Une étude récente au plan européen montre que près de 80% des victimes d’actes antisémites ne portaient pas plainte estimant "que cela ne sert à rien".
Il faut saisir la justice car l’antisémitisme est une forme de viol, viol de l’identité, viol de la personnalité sur des hommes et des femmes 100% français et 100% républicains. Leur place est bien ici chez eux, chez nous. Pas ailleurs !

A l’heure des "fake news" il nous faut lutter contre l’avalanche de haine et de bêtise sur les réseaux sociaux… l’urgence est à l’éducation. A nous tous de relever ce défi ! Mais à mon avis il faut ajouter une faiblesse : l’antisémitisme n’est pas défini clairement dans la loi. Il est urgent de se donner les moyens de le reconnaître là où il est, et de le condamner comme il se doit. Le Président de la République souhaite que soit mise en œuvre la définition de l’Alliance internationale pour la Mémoire de l’Holocauste. Il est urgent de passer aux actes. La haine ça suffit, il est urgent d’avoir le réflexe de la morale civique par l’éducation et des sanctions sévères exemplaires.
Oui, c’est à votre, à notre vigilance, que je fais appel car je crains que la nature humaine n’est ni pire ni meilleure qu’il y a 74 ans. L’évidence c’est que le mal et le bien, la lâcheté et le courage coexistent en chacun de nous.
Au titre de nos valeurs républicaines, mais au-dessus de tout, de la morale, notre souvenir actif et vivant doit être la source, le fondement de notre mobilisation de tous les instants.

En ce jour, près de 78 ans après les premiers convois des déportés juifs, n’oublions pas « ceux dont il ne reste que le nom » comme le déclarait Simone Veil.
Partageons avec Paul Eluard cet appel : « Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».

Pour conclure, je souhaite vous dire, chers amis :
La déportation :
• Il faut en parler, il faut y penser en toute conscience
• Il faut qu’on se souvienne de ce qu’elle a été, dans quelles conditions elle a été organisée.

Si nous cessions d’y penser, d’en parler, nous achèverions d’exterminer les déportés, ils seraient anéantis définitivement. Les morts de la déportation dépendent, plus que jamais aujourd’hui, de notre fidélité, de notre mémoire.
La liberté n’est pas un droit. Elle n’est pas le fruit du hasard, pas plus que la fraternité entre les hommes, entre les peuples. Elle est un devoir ! C’est ce que me déclarait Roger Belbéoc, Juste parmi les Justes, dont le nom, au titre de notre reconnaissance, a été donné à cette esplanade.
L’histoire des Justes ne s’arrête pas à leur mort ni à celle de ces malheureuses victimes.
S’il fallait, pour conclure mon intervention, qualifier d’un mot Roger Belbéoch et tous ceux qui lui ressemblaient, c’est celui d’humaniste ; il incarnait l’honneur et la fierté des Hommes, mettant en valeur ce qu’il y a d’humanité en chaque homme.
Il est urgent que notre pays retrouve son unité et fasse vivre ce mot Fraternité, socle de notre République.

Après un long combat qui commence avec la controverse de Valladolid en 1550, le gouvernement de la République française publie un décret, le 27 avril 1848, rédigé par Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’État à la Marine. Il aura donc fallu attendre la révolution de février 1848 pour qu’enfin les abolitionnistes puissent vaincre l’opposition des planteurs dans les colonies. Les Français, après plusieurs tentatives, ont suivi les Anglais qui ont aboli l’esclavage dans leurs colonies en 1833