Il y a un vrai choix entre un vote d’adhésion ou de raison, et une abstention du pire

Texte écrit par Valérie Zenatti, écrivaine, traductrice et scénariste pour le cinéma.

Quand il y a beaucoup de bruit, instinctivement, je me tais. Je ne sais pas crier. C’est peut-être pour ça que j’écris, entre autres raisons.

Je cherche les mots, je ne veux pas vous embêter avec un statut de plus sur la question qui agite tant nos esprits, nos conversations et nos murs ces derniers jours.
Mais me taire me semble coupable.

C’est mathématique, c’est simple : l’abstention profiterait à Marine Le Pen, car ses électeurs ne s’abstiendront pas.

La question n’est pas de savoir ce qui se passera dans 5 ans, mais là, dans dix jours.
Je ne peux pas imaginer que ceux qui fêteront la victoire sont ceux qui haïssent les Juifs, les Arabes, les homosexuels, les femmes libres, les hommes doux, ceux qui interdisent des livres dans les bibliothèques, ceux qui prêtent à l’autre, à celui qui ne leur ressemble pas, tous les maux de la terre, ceux qui pensent comme Marine Le Pen que les millions de réfugiés qui risquent leur vie en mer avec leurs enfants "n’ont qu’à rester se battre chez eux au lieu d’abandonner leur patrie". Et qu’on ne me dise pas qu’il s’agit d’un vote populaire, ouvrier, exaspéré. Pour ça, il y avait Mélenchon, (qu’on soit d’accord ou pas avec lui).

Le monde ouvrier, je le connais. J’y suis née. Mes grands-parents étaient analphabètes et ont grandi dans la misère, ils n’ont jamais eu la haine des autres. A Nice, la voisine qui votait FN et glissait des "rentrez chez vous" sur le pare-brise de ma mère n’était pas au chômage, avait un appartement coquet, mais elle n’aimait pas les Juifs, et encore moins quand ils parlaient arabe comme ma grand-mère et portaient un fichu sur la tête.

Le FN a réussi son travestissement social et populiste car il l’a greffé sur la passion sinistre du bouc émissaire.

Emmanuel Macron n’a pas un discours de haine et il me semble terriblement malhonnête d’en faire un diable au service des puissances financières qui seraient plus dangereuses qu’un parti qui a prospéré sur des pulsions de rejet.
Avec lui, je sais que nous pourrons continuer à nous investir, chacun à notre manière, pour un monde où circule la parole, le respect de l’autre, l’envie de partager, d’avancer, d’aimer. Peut-être même réussira-t-il à faire des réformes bénéfiques. Avec sa concurrente, ce sera l’inverse, et le basculement dans une ère sombre. Ça ne sert à rien de sortir la grande artillerie, Marine Le Pen n’est pas Hitler, elle est elle-même, et c’est bien assez terrifiant comme ça.

Alors oui, il y a un vrai choix entre un vote d’adhésion ou de raison, et une abstention du pire.