Inventons la Métropole : intervention de Jacques JP Martin

Retrouvez mon intervention lors du séminaire de travail "Inventons la Métropole du Grand Paris" qui s’est déroulé le 23 mai 2016 au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne

Patrick OLLIER, Président de la Métropole du Grand Paris, a réuni lundi 23 mai 2016 au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne, plus de 350 participants (maires, présidents de territoire, élus et acteurs de la société civile) pour donner corps au concours "Inventons la Métropole du Grand Paris".

Chers collègues, chers amis invités au lancement d’Inventons la Métropole du Grand Paris,

Je suis heureux de vous accueillir ici au Pavillon Baltard pour l’un des premiers évènements fondateur de la Métropole. La symbolique est grande car c’est dans ce lieu, véritable trait d’union entre Paris et sa banlieue, sur le site de l’ancien château royal de Beauté, que nous avions, le Président du Conseil Général, votre serviteur, et mes collègues Maires, lancé l’association Orbival, « pour un métro en Banlieue ».
Aujourd’hui, le Grand Paris Express est sur les rails, dans un projet partagé de niveau régional et national, entre l’Etat et les Collectivités. La démarche que nous proposent aujourd’hui notre Président Patrick OLLIER, et le Préfet de Région, Jean-Francois CARENCO, s’inscrit dans le processus de création de la Métropole. L’Etat n’a plus les moyens de décider seul comme il le faisait auparavant. La loi Notre est un exemple de ce qu’il ne fallait plus faire en passant par-dessus la volonté des Maires. Nous sommes tous conscients que la réussite de la Métropole sera avant tout dans ce que les Maires seront capables de faire ensemble, et dans leur relation de confiance avec l’Etat.

Rappelons-nous que nous nous inscrivons dans la suite naturelle d’une série d’initiatives des Maires du cœur de notre Région, au premier rang desquels le Maire de Paris, Bertrand DELANOE, avec à ses côtes Anne HILDALGO, et Pierre MANSAT et les Maires de banlieue. Le Président Nicolas SARKOZY, quant à lui, dans son discours de Roissy Charles-de-Gaulle, affirmait la nécessité d’entrer dans le processus intercommunal du Grand Paris, et lançait le projet de métro.

Nous avons tous compris que l’Etat doit rechercher un nouveau comportement dans l’action publique, basé sur la négociation, la co-élaboration, plutôt que l’autorité. Il doit rechercher l’adhésion des acteurs de préférence à l’action unilatérale et une coproduction de la norme et de l’action publique. Inventons la Métropole est une démarche innovante d’abord parce que la méthode utilisée sera de sortir du corset des normes et des procédures pour s’adapter aux projets potentiels. L’innovation sera d’abord dans la dérogation décidée collégialement.

Inventons la Métropole est la volonté de rendre concret, après 5 mois d’existence, le projet métropolitain. A l’exemple de la démarche parisienne « Réinventons Paris », ce sont les communes qui vont proposer des fonciers recyclables, et non la Métropole. L’innovation sera la mutualisation et la volonté de coopérer des maires et non leur confrontation ou leur concurrence au plan des politiques locales, en quelque sorte le consensus, dans la diversité.

Par ailleurs, arrêtons d’opposer la Métropole et la Région. En réalité la métropolisation en cours démontre, au contraire, que l’avenir de notre région va se jouer d’abord en partant de la réussite de la Métropole.

Je ne reviendrai pas sur les étapes qui nous ont conduits au séminaire qui se tient à Baltard, je citerai cependant nos acquis :
• Le schéma directeur de la Région Ile-de-France
• Le concours international des architectes sur le Grand Pari(s)
• L’atelier international du Grand Paris
• La conférence métropolitaine (juillet 2007)
• Le syndicat mixte d’étude Paris Métropole, la véritable fabrique de la Métropole

La loi sur le Grand Paris, par création de la société du Grand Paris est un exemple de partenariat réussi. L’Etat a eu la clairvoyance d’associer les Maires, dont leurs représentants président le conseil de surveillance et le comité stratégique. Le réseau de transport qui est en train de naître servira l’aménagement de l’espace métropolitain et au-delà, par ses maillages, l’ensemble des territoires de la région.

Force est de reconnaître, même s’il y a déjà plus de 10 ans que le processus vertueux a été engagé, que les élus, mais aussi les institutionnels, les urbanistes, les architectes, les sociologues, les économistes, les entrepreneurs, pensent, échangent, œuvrent pour un Grand Paris sans limites administratives.

En janvier 2016, à la suite de débats plus que laborieux, le parlement a donné naissance à la Métropole du Grand Paris. Petite ombre au tableau, ça n’était pas la Métropole souhaitée, recommandée par plus de 94% des élus concernés. En effet, même si la MGP a le mérite d’exister, force est de constater qu’elle est loin de correspondre à nos attentes, à nos ambitions, à nos projets communs, pour assurer attractivité et rayonnement national et international, conjointement à la réduction des inégalités sociales entre les territoires qui la composent.

Cher Président Patrick OLLIER, la MGP, issue de la loi Notre, est un objet compliqué pour nous tous, tu le sais, du fait de la complexité de ses financements, de dispositions transitoires et précaires, de ses territoires dans le brouillard, de flux financiers d’une complexité inégalée et une fiscalité éclatée, qui plus est pour une durée limitée ; Ajoutons les compétences croisées entre les institutions existantes qui restent trop nombreuses…cette loi reste un compromis non satisfaisant. La loi Notre est, avec un arrière-goût d’inachevé, un produit de la technocratie imposée à nous les acteurs de la proximité

Sans pour autant la remettre en cause globalement, il nous faudra tous ensemble (je sais que vous en êtes d’accord sur le principe, cher Président), travailler à son évolution, pour trouver l’efficacité par la simplification d’une institution, liée à la fois aux communes qui en assurent le socle avec les coopératives de villes, que sont des territoires atypiques, actuellement réduits au statut de syndicats intercommunaux, avec une fiscalité plus que précaire et des compétences équivalentes à celles des communautés d’agglomération. De plus, les relations et les complémentarités avec la Région restent à clarifier. Pour réussir, il faudra sortir des ambiguïtés et des imprécisions actuelles.

Nous avons besoin d’une métropole forte face à ses rivales au plan national et international. On ne peut pas dire que le territoire de la Métropole c’est la Région, car la Métropolisation est un processus que la Métropole doit gérer avec les territoires dans une nouvelle forme de dynamique urbaine. Région et Métropole sont complémentaires et il nous faut trouver les moyens de mettre en œuvre les contractualisations nécessaires à un développement global. Notre vision métropolitaine, dans le cadre d’une métropole de projets devra permettre d’atteindre l’un de nos objectifs prioritaires : attirer les investisseurs et réduire les inégalités territoriales.

Et le citoyen métropolitain dans tout cela ?

Ne nous étonnons pas que nos concitoyens se sentent ignorés dans une démarche qui devrait au contraire les associer à la construction et la mise en œuvre d’un processus destiné à créer de la richesse, à réduire les inégalités dans le cadre d’un développement durable urbain qui ne devra pas se limiter à la seule part économique.
Nous devrions pouvoir trouver les moyens d’associer les habitants pour travailler à la recherche d’une nouvelle façon de vivre dans une concurrence internationale exacerbée entre les Mégapoles, les métropoles européennes…
Tous ces propos liminaires à nos travaux portés par « Inventons la Métropoles et ses Hubs » mettent en perspective ceux destinés à élaborer le projet métropolitain dont notre Président et vous, chers collègues conseillers métropolitains, m’avez confié la mission d’animer, dans le cadre de la présidence de la commission qui lui est dédiée.

La Métropole sera une éco-métropole

La Métropole post COP 21 ne devra pas se limiter à la réduction des gaz à effet de serre. La question stratégique se pose, c’est vrai, mais à une autre échelle, plus globale, celle de la métropole durable.

Je souhaite rappeler, dans un premier temps, que la transformation du monde est inéluctable et de plus en plus rapide. Le fait urbain est déjà une réalité criante. Plus de 80 % des Européens vivent dans des grandes agglomérations qualifiées de métropolitaines, ce qui doit nous interroger sur notre capacité à « faire société en faisant métropole », sinon nous serions confrontés à la disparition de l’urbanité. Il va nous falloir clarifier ce que nous entendons par « faire la métropole », ne serait-ce que pour faciliter les débats publics, les débats citoyens afin de démocratiser ce changement de paradigme.

Les territoires, et par la volonté des communes, sont des espaces chargés de la mutualisation des compétences techniques. Porteurs des services de proximité de nos villes, ces territoires ont vocation à organiser les débats citoyens.

Le fait métropolitain auquel nous assistons est caractérisé par son inter-territorialité en d’autres termes, par sa vocation à exister et à se développer à de multiples échelles. Là où la ville est et restera globalement homogène dans une recherche permanente de synthèse entre toutes ses contradictions, la Métropole, et la nôtre toute particulière, devra pouvoir intégrer des territoires d’intérêt métropolitain, reliés à elle au plan stratégique.

L’autre point qui méritera d’être abordé et clarifié dans les travaux de la commission chargée du projet métropolitain, c’est celui d’une métropole vertueuse au regard du développement durable : pour faire simple, une éco-métropole polycentrique qui se saisira des sujets de développement commun et pour mieux affronter les mutations du monde.

Nous le savons tous, le monde change, plutôt que de subir et de réagir, il nous faut intégrer un fait : celui que rien ne sera plus comme avant et que notre choix doit être l’anticipation et des démarches proactives que ce soit au plan des modes de gouvernance, du fait urbain de nos liens avec le reste du monde de nouvelles façon de produire et de consommer… car, structurellement, la métropolisation suppose une relations permanente avec le reste du monde.

En Ile-de-France, nous avons subi, jusqu’à la création de la MGP, une métropolisation rampante, hors planification stratégique dont la seule raison d’être reste encore économique ; Force est de constater qu’elle a exacerbé, comme dans les autres métropoles, les inégalités territoriales rendant souvent difficile notre volonté d’agir face à une dispersion des actions de nos communes. L’addition de nos agendas 21 ne fera jamais l’éco-métropole du XXIème siècle que nous ambitionnons.

Le projet métropolitain sera le projet de vivre ensemble au-delà de toutes les formes de gouvernance, qui doivent rester des outils au service d’un projet et non l’inverse. Ce sera un projet où chaque citoyen devra pouvoir, dans chaque commune et chaque territoire, prendre conscience de ses responsabilités.

Sachant que la métropolisation se caractérise d’abord par les flux et les échanges, la métropole durable devra maîtriser et réguler ces flux en recherchant le meilleur équilibre dans le duo : autonomie/dépendance.

Nous devrons veiller à ce que les transformations à venir concernent tous ses habitants.

La métropole multiple, discontinue, multipolaire, sera une éco-métropole durable et solidaire.

Nous allons travailler ensemble à son élaboration afin que la Métropole du Grand Paris soit unique et innovante dans le concert des métropoles mondiales…. Cela doit être notre ambition ; à nous de mobiliser les moyens en jouant collectif.

Nous constaterons, au fil des mois, que le processus de métropolisation générera des difficultés sur un même espace de coexistence entre la Région, la MGP, communes et EPT et les départements Il y aura sur ce point important matière à rationalisation par la simplification.

La MGP était le maillon manquant au plan institutionnel.

La MGP était attendue, elle devient, sous l’impulsion de notre Président et notre bureau, une réalité incontournable. Elle n’est pas une nouvelle couche dans le millefeuille administratif et territorial. Bien au contraire, elle deviendra rapidement, en accompagnant le processus de métropolisation de Paris et du cœur de notre région, un accélérateur dans la mise en mouvement de nos territoires et, par extension, elle aura un effet positif sur l’avenir de notre région capitale.

Jacques JP MARTIN
Maire de Nogent sur Marne
Président du territoire ParisEstMarne&Bois