L’Europe : une garantie de paix et de fraternité

A la veille des élections européennes, je souhaite rappeler ce que disait John Fitzgerald Kennedy : « N’attendons pas de savoir ce que l’Europe nous apporte mais réfléchissons sur, au plan de nos villes, ce que nous pourrons faire pour elle afin que la paix et nos libertés soient protégées ».

Le 9 mai 1950, le ministre français des affaires étrangères Robert Schuman expose pour la première fois les idées qui aboutiront à la création finale de l’Union européenne. Il parlait à l’époque d’une intégration des industries du charbon et de l’acier d’Europe occidentale, idée formalisée l’année suivante en 1951 dans le traité de Paris, précurseur de l’Union Européenne.

Nos deux peuples sortaient de la tragédie répétée des trois guerres 1870, 1914-1918, 1939-1945, nous passions de ces sanglantes tragédies à l’espoir d’un monde meilleur en Europe.

Ce monde espéré meilleur, des hommes de nos deux pays visionnaires, courageux l’ont rêvé, imaginé dès la fin de la seconde guerre mondiale.

5 petites années après le 8 mai 1945, le 9 mai 1950 au Quai d’Orsay à Paris, Robert Schuman lançait un appel à la réconciliation qui s’est traduit dans les faits lorsque les 4 pères fondateurs de la réunification de l’Europe : Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer, Charles de Gaulle se sont saisis avec courage à leur façon de ce qui pouvait paraître comme impossible :

Installer une paix durable sur notre continent en rapprochant les peuples,

La victoire sur un adversaire c’est de réussir à en faire un ami ! (Abraham Lincoln)

Que de chemin parcouru après autant de souffrances !
Aujourd’hui pour nos enfants et nos petits enfants "c’est de l’histoire ancienne" et il est naturel pour eux que nous vivions dans l’Union Européenne au sein de laquelle il semble normal que nos pays soient des espaces de démocratie, de liberté où règne la paix.

L’Europe est devenue par la volonté des Allemands et des Français une garantie de paix et de fraternité.

En effet, l’Europe c’est d’abord, pour moi, l’entente entre l’Allemagne et la France. Nos destins sont liés depuis 50 ans même si nos tempéraments et nos intérêts sont souvent différents. Nous avons prouvé depuis que ce continent est en paix, que nos relations constructives ont permis, dans une recherche permanente du meilleur compromis, à assurer à nos peuples et à ceux de l’Union, un avenir meilleur.

Nous célébrons cette année le 50ème anniversaire du jumelage de Nogent avec Siegburg, ce qui prouve qu’au-delà des institutions, il y a une Europe des peuples qui bascule progressivement vers celle de la fraternité.

Je sais que nous traversons une période difficile, que l’Union compte plus de 20 millions de chômeurs et que la France traverse de graves difficultés au plan social et économique. Je ne parlerai pas des raisons qui nous ont entrainés dans une telle situation. J’ai la conviction cependant que c’est une conjugaison d’efforts nationaux, le sens des réalités et de l’effort de nos peuples mais aussi l’entente revivifiée entre nos deux pays qui sera le ferment d’un renouveau de notre union. Malgré tous les péchés dont certains accablent l’Union européenne, je reste persuadé que loin d’être une menace pour chaque européen, elle reste dans la fidélité aux principes posés par ses inspirateurs, une chance pour les peuples de notre continent et pour le monde.

Rappelons-nous le chemin parcouru depuis 1945

D’abord les Maires allemands et français

Les premiers jumelages franco-allemands (1948-1963)

À l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, la haine est le seul sentiment que les Français et les Allemands ont en partage. Faut-il, pour autant, continuer à se détester et hypothéquer l’avenir ? Sans doute pas. Aussi, à l’initiative d’un groupe d’intellectuels suisses, différents maires allemands et français décident de se rencontrer dès 1948.

Toutefois, il ne s’agit pas de renouer avec les initiatives de l’Entre-deux-guerres qui, faute d’avoir trouvé un écho dans l’opinion publique, sont restées sans lendemain. En effet la solution est d’associer les peuples à une démarche de réconciliation. Dans la mesure où ils sont proches de leurs administrés, plusieurs maires allemands et français estiment avoir un pouvoir de persuasion supérieur à celui des gouvernements. C’est dans la cellule humaine que représentent nos cités que l’idée des jumelages franco-allemands naît ainsi.

Dans ce contexte apparaissent deux organisations qui permettent aux villes allemandes et françaises de se rapprocher :
• l’Union internationale des maires
• le Conseil des Communes d’Europe

Le traité de l’Élysée restera un acte décisif

À la fin des années cinquante, les relations entre l’Allemagne et la France sont encore incertaines tant le poids du passé reste lourd. Malgré bien des initiatives, le nombre de jumelages entre des villes allemandes et françaises reste très faible. Moins de 25 ont été conclus entre 1950 et 1957.

Conscients de la fragilité des relations franco-allemandes, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle entreprennent dès 1958 de construire des liens privilégiés entre la République Fédérale d’Allemagne et la France, fondateurs d’une réconciliation durable. Après bien des voyages et des discours symboliques comme celui de Reims (1962), les deux hommes signent le 22 janvier 1963 le traité de l’Élysée. Ce texte ambitieux pose, entre autres, les bases d’un rapprochement des jeunes Allemands et Français avec la création de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (juillet 1963). Pour déjouer les inimitiés du passé, il s’agit de convaincre les jeunes, de qui dépend l’avenir des deux États, de parler la langue de l’autre, de se rencontrer et de se connaître. Pour les mêmes raisons, les associations entre communes françaises et allemandes sont encouragées. Le jumelage de Siegburg avec Nogent-sur-Marne est le fruit de cette initiative politique.

N’oublions pas nos amis Suisses qui ont joué un rôle déterminant dans ces rapprochements.

Les jumelages franco-allemands sont aujourd’hui une évidence. Près de 2 500 ont été conclus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus des trois-quarts de la population allemande et française vivent dans une commune jumelée avec une commune du pays partenaire.

Pourtant, longtemps, ce dialogue a semblé inimaginable tant les souvenirs des guerres et le nationalisme créaient un fossé infranchissable entre les deux États. Aussi amener des Allemands et des Français à se connaître et à se parler dans le cadre d’associations entre communes était un véritable défi.

D’abord hésitants, les jumelages ont pourtant fini par devenir un succès, contribuant, avec d’autres initiatives, à la réconciliation entre l’Allemagne et la France et à la construction d’une Europe pacifiée.

L’un d’entre-deux, conclu voici cinquante ans entre Siegburg et Nogent-sur-Marne est à cet égard exemplaire.

Ne nous arrêtons pas à une certaine auto satisfaction en tant que bons élèves de l’amitié entre nos deux cités et entre nos deux pays car cette lutte pour la paix entre nos peuples de l’Europe doit rester permanent car elle demeure fragile dans un monde incertain.

A la veille des élections européennes, je souhaite rappeler ce que disait John Fitzgerald Kennedy : « N’attendons pas de savoir ce que l’Europe nous apporte mais réfléchissons sur, au plan de nos villes, ce que nous pourrons faire pour elle afin que la paix et nos libertés soient protégées ».